Que sont les maladies auto-immunes? Quel impact ont-elles sur la fertilité?

Par (embryologiste) et (babygest staff).
Dernière actualisation: 15/05/2019

Les maladies auto-immunes sont celles liées au système immunitaire de l’individu, qui est responsable de la défense de l’organisme contre les attaques d’agents infectieux, comme les virus et les bactéries, entre autres.

Les personnes qui souffrent de maladies auto-immunes ont un système immunitaire défaillant et, par conséquent, le système immunitaire réagit mal en attaquant et en détruisant les cellules et tissus sains du corps lui-même.

Cette situation peut également se produire au cours de la grossesse, de sorte que les femmes atteintes d’un trouble immunitaire courent un risque accru de fausses couches répétées et d’autres troubles de fertilité.

Fonctionnement du système immunitaire

Le système immunitaire de l’organisme a pour fonction de reconnaître ses propres cellules et tissus et de les distinguer de les corps étrangers dans le but de constituer des défenses.

Grâce à cela, l’organisme peut se défendre contre l’attaque d’agents externes nocifs, tels que des micro-organismes pathologiques, des radiations, des contaminants et même des cellules cancéreuses.

Pour son bon fonctionnement, le système immunitaire possède une variété de mécanismes tels que les suivants :

  • Reconnaissance des structures propres de l’organisme grâce au complexe d’histocompatibilité (CMH).
  • Production d’anticorps par les globules blancs ou les lymphocytes.
  • Destruction de corps étrangers par des cellules Natural Killer.
  • Établir un mécanisme de tolérance pendant la grossesse afin que le système immunitaire de la mère n’identifie pas le bébé comme un corps étranger et le rejette.

Maladies auto-immunes

Les maladies auto-immunes sont celles qui provoquent la défaillance du système immunitaire de l’organisme et, par conséquent, commencent à attaquer ses propres cellules et organes. On pourrait dire que l’organisme s’attaque lui-même.

Actuellement, on connait plus de 80 maladies auto-immunes chez l’homme et on sait qu’elles sont plus fréquentes chez la femme que chez l’homme.

Selon l’organe ou le système de l’organisme touché, les maladies auto-immunes peuvent être classées comme suit :

Ponctuelles
ce sont des pathologies spécifiques d’un organe, c’est-à-dire qu’elles n’affectent qu’un organe spécifique. Par exemple, la maladie coeliaque est un type de maladie auto-immune qui affecte l’intestin grêle.
Systémiques
ces maladies peuvent affecter n’importe quel organe ou affecter plusieurs organes ou systèmes à la fois. Dans ce groupe, on retrouve le lupus érythémateux et la polyarthrite rhumatoïde.

Pourquoi se produisent-elles?

La cause des maladies auto-immunes est inconnue, on n’a pas encore trouver de raisons expliquant pourquoi le corps s’attaque parfois lui-même. Cependant, on sait qu’il existe certains facteurs qui peuvent influencer le développement de ce type de maladie.

Il existe une prédisposition génétique au développement de maladies auto-immunes. Ces maladies ne sont pas génétiques, elles ne sont pas héréditaires, mais il existe des combinaisons de gènes qui produisent un risque accru de développer une maladie auto-immune. Selon les gènes affectés, il y aura une prédisposition à l’une ou l’autre maladie.

De plus, les facteurs environnementaux peuvent également jouer un rôle, car ils sont nécessaires pour déclencher l’activation du système immunitaire. Il s’agit notamment des changements hormonaux, du tabac, de l’alcool, des vaccins, des infections, de l’alimentation, des troubles alimentaires, du climat, etc.

Enfin, certaines maladies auto-immunes sont plus courantes chez certaines races et certains groupes ethniques. Par exemple, le diabète de type 1 est plus fréquent chez les personnes blanches, tandis que le lupus est plus grave chez les Afro-Américains et les Hispaniques.

Quels sont les symptômes ?

Les manifestations cliniques dépendront du type de maladie auto-immune, de son agressivité et des organes affectés, bien qu’il puisse y avoir des variations même dans les cas de la même maladie.

Le symptôme caractéristique d’une maladie auto-immune est l’inflammation, qui peut provoquer rougeurs, douleur, gonflement et irritation sur la zone affectée.

D’autres symptômes communs qui apparaissent souvent sont le malaise, la fièvre et la fatigue.

Comment se fait le diagnostic?

Étant donné que les pathologies sont variées, il est difficile de poser un diagnostic.

Premièrement, il est nécessaire d’examiner les antécédents médicaux du patient, de connaître ses antécédents familiaux et de détecter les symptômes qui peuvent être associés à une pathologie immunitaire.

Ensuite, le médecin spécialiste devra commander une série d’études cliniques, comme une analyse de sang pour identifier les marqueurs de l’inflammation et les auto-anticorps.

Les auto-anticorps sont des anticorps produits par l’organisme contre lui-même, tandis que les marqueurs inflammatoires sont les molécules qui sont habituellement présentes dans les processus inflammatoires et peuvent donc être utilisées pour prédire le risque de maladie auto-immune.

Types de maladies auto-immunes

Les maladies auto-immunes sont souvent des maladies chroniques qui affectent la qualité de vie des personnes atteintes.

Nous décrirons brièvement ci-dessous les maladies auto-immunes les plus pertinentes, en particulier celles qui affectent les femmes dans leur quête pour devenir mères.

Lupus érythémateux disséminé (LED)

Il s’agit d’une maladie auto-immune systémique qui peut endommager diverses parties du corps, comme les articulations, la peau, les reins, le cœur, les poumons, etc.

Les manifestations cliniques du lupus sont très variées, mais parmi elles, on peut retrouver la fatigue, la perte de poids, la fièvre, l’arthrite, les douleurs musculaires, les lésions cutanées, etc.

Dans les cas les plus graves, le LED peut affecter considérablement les organes vitaux du corps, compromettant la vie de l’individu.

Sclérose en plaques (SP)

La sclérose en plaques est une maladie neurologique chronique dans laquelle le système immunitaire attaque la couche protectrice entourant les nerfs.

Pour cette raison, le cerveau et la moelle épinière sont affectés et, par conséquent, les personnes atteintes de sclérose en plaques présentent des troubles sensoriels et moteurs aux extrémités.

Les autres symptômes de la sclérose en plaques sont la névrite optique, la diplopie, l’ataxie, la vessie neurogène, la fatigue, le vertige, etc.

Syndrome des antiphospholipides (SAPL)

Il s’agit d’un type de thrombophilie acquise où les caillots sanguins proviennent des artères et/ou des veines, ce qui implique un risque élevé de thrombose et d’accident cardiovasculaire.

De plus, le SAPL est connu pour entraîner diverses complications pendant la grossesse, telles que la pré-éclampsie, le retard de croissance intra-utérine, la mort intra-utérine du fœtus, l’accouchement prématuré, etc.

Le SAF est responsable d’environ 15% des fausse-couche à répétition. Les principaux anticorps antiphospholipides responsables de la thrombose dans le placenta sont l’anticoagulant lupique, les anticorps anti-cardiolipine et la beta2-glycoprotéine1.

Diabète sucré de type 1 (DT1)

La DT1 est une maladie auto-immune ponctuelle dans laquelle le système immunitaire de l’individu attaque les cellules productrices d’insuline du pancréas.

L’insuline est une hormone qui régule la glycémie. Pour cette raison, les personnes atteintes de diabète sucré ne produisent pas d’insuline et ont une concentration excessive de sucre dans le sang, ce qui peut causer des dommages à de nombreux organes, tels que les yeux, les reins, les nerfs, le cœur, les gencives et les dents.

Traitement

Les maladies auto-immunes ne peuvent être complètement guéries, car elles sont chroniques et doivent être traitées tout au long de la vie afin que la personne atteinte puisse avoir une meilleure qualité de vie.

Cependant, il existe certains traitements visant à atteindre les objectifs suivants :

  • Réduire les symptômes, comme la douleur, l’inflammation, les troubles du sommeil, la fatigue, les éruptions cutanées, etc. Des analgésiques sont habituellement utilisés, mais des interventions plus compliquées comme la chirurgie peuvent être nécessaires.
  • Remplacer les substances vitales que l’organisme ne peut pas produire. Ce serait le cas pour les personnes atteintes de diabète qui doivent s’injecter de l’insuline tous les jours.
  • Supprimer le système immunitaire. Ce sont les médicaments immunosuppresseurs connus qui réduisent la réponse immunitaire pour s’assurer que les organes vitaux peuvent continuer à fonctionner. Ils sont administrés dans des maladies comme le lupus ou l’arthrite.

Les médicaments les plus couramment utilisés sont les corticoïdes, comme la prednisone, et les médicaments non stéroïdiens, comme le cyclophosphamide.

De plus, dans les maladies auto-immunes spécifiques d’un organe, des traitements adaptés à l’organe atteint sont réalisés.

Maladies auto-immunes et grossesse

Les femmes atteintes de maladies auto-immunes comme le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde peuvent rencontrer des difficultés à avoir des enfants.

Bien que ces femmes se souffrent pas d’infertilité et puissent mener une grossesse sans problèmes, la grossesse pourrait être considérée comme une situation à risque car elles mettent en danger leur vie et celle du futur bébé.

Les médecins peuvent contre-indiquer la grossesse à ces femmes pour des raisons médicales, de sorte que leur seule chance de devenir mères serait l’adoption ou la gestation pour autrui.

Par contre, d’autres maladies auto-immunes n’affectent pas la fertilité ou la capacité à porter un enfant. Par exemple, la sclérose en plaques peut s’estomper pendant la grossesse, bien qu’il puisse également y avoir une augmentation des poussées après l’accouchement en raison de la disparition de l’effet protecteur de la grossesse sur cette maladie.

Vos questions fréquentes

Comment traite-t-on l’infertilité immunitaire?

Par Zaira Salvador (embryologiste).

Cela dépend en premier lieu du type d’infertilité immunologique, c’est-à-dire de la cause concrète qui empêche la grossesse. Par exemple, lorsqu’il y a des problèmes de coagulation sanguine et le risque de thrombose, un traitement à l’héparine peut aider une femme à obtenir une grossesse évolutive.

D’autre part, un traitement aux corticoïdes et aux immunoglobulines peut également être indiqué en cas d’infertilité immunologique.

Quelles sont les causes du rejet immunitaire de l’embryon?

Par Zaira Salvador (embryologiste).

La grossesse est une situation particulière dans laquelle le système immunitaire de la femme doit activer un mécanisme de tolérance afin de ne pas rejeter le corps du bébé pendant toute la période de la grossesse. Pour ce faire, l’embryon exprime l’antigène HLA G, dont la fonction est de supprimer les cellules du système immunitaire de la mère pour qu’il n’y ait aucun rejet.

Cependant, il y a des cas où le mécanisme de tolérance est défaillant, de sorte que le système immunitaire de la mère ne reconnaît pas l’embryon comme étant le sien et, par conséquent, le rejette, ce qui provoque une fausse couche. Cela se produit habituellement chez les femmes qui ont un nombre élevé de cellules Natural Killer (NK), des cellules du système immunitaire qui détruisent les tissus embryonnaires en ne les reconnaissant pas.

Peut-on guérir des maladies auto-immunes?

Par Zaira Salvador (embryologiste).

Les maladies auto-immunes n’ont pas de remède, elles sont chroniques, car on ne sait pas exactement où se situe le problème.

Cependant, il existe des traitements pour améliorer la qualité de vie des personnes qui en souffrent et que leur vie ne soit pas menacée.

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Bibliographie

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Auteurs et collaborateurs

 Zaira Salvador
Zaira Salvador
Embryologiste
Diplômée en Biotechnologie par l'Universidad Politécnica de Valencia (UPV) et embryologiste spécialiste en Médecine Reproductive, Master en Biotechnologie de la Procréation Assistée par l'Universidad de Valencia en collaboration avec l'Instituto Valenciano de Infertilidad (IVI). En savoir plus sur Zaira Salvador
Affiliation au Conseil de l'Ordre: 3185-CV
Adapté au français par:
 Marie Tusseau
Marie Tusseau
Babygest Staff
Directrice éditoriale de la revue Babygest en français et en anglais. En savoir plus sur Marie Tusseau

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